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I de II 
sirene1.jpgL’homme du phare

 

Le vent se déchaîne et rend la mer furieuse ; elle le fait savoir, à grand bruit, en vagues gigantesques ; au loin le phare donne à voir l'écume aux crêtes des vagues. Pas un poisson-chat en vue ! Mais un bateau qui monte et qui descend au rythme des vagues...  Un bref éclair du phare et je distingue la silhouette d'un homme en ciré jaune... Enfin ! La relève ! Je ne connais pas l'arrivant. C'est un nouveau en remplacement de Patrick, hospitalisé. C'est un nouveau sur ce phare mais pas dans le métier. Je me demande à quoi il ressemble cet homme précédé d'une légende étonnante. On l'appelle Yann le rouquin.

Les vagues continuent à se fracasser contre les murs et les rochers à la base du phare ; j'ai dû consolider la grande et vieille porte en bois, tout en bas, il y a quelques temps, une nuit de tempête ! Je l'entends qui gémit mais je sais qu'elle tient bon, la drôlesse !

Six mois que je suis là et le temps commence à se faire long ; je me languis de ma femme, de mes enfants, de la terre...

Le bateau est tout prêt maintenant et je peux voir Yann le rouquin s'affairant pour accoster.

Il a l’air immense cet homme ! Pour sûr ce doit être un fameux costaud ! Je repense à la légende... ce qu'on dit de lui est-il vrai ? Et comment le savoir ? Je me vois mal lui disant : "dis donc, collègue, est-il exact que... ” Non ! C'est impensable ! Bah ! Je verrais bien !

Tout est prêt pour accueillir mon remplaçant : j’ai fait un grand ménage et tout est nickel ! Le café est prêt lui aussi ! C’est qu’il va avoir besoin de se réchauffer le phare-man ! Je lui ai même gardé une eau de prune et ce n’est pas de la petite bière ! ! Je ne vous dis que ça !

Le repas du soir est préparé depuis un moment déjà : je n’aurai plus qu’à le réchauffer plus tard.

J’avais réservé un bœuf-bourguignon surgelé pour cette occasion et une bonne bouteille de Bordeaux pour l’accompagner.

 

Ah ! Le voilà !

 

Je ne suis pas mécontent de revoir un visage humain ! Yann le rouquin ! Il est encore plus grand vu de près ! Et bigrement baraqué l’animal  ! Après les salutations d’usage, je l’aide à décharger le bateau : caisses de victuailles, de boissons, de vêtements, quelques livres et une guitare ! Enfin… de quoi vivre pendant les trois premiers mois …

Nous voilà assis l’un en face de l’autre, devant la table en pin et nous sirotons notre café …

Je regarde Yann : une casquette noire laisse échapper une tignasse de feu toute raide et en bataille. De grands yeux bleus un peu trop enfoncés donnent de la douceur à son visage halé, très marqué par ailleurs. Une cicatrice sur la joue droite laisse deviner une ancienne bagarre où le couteau a fait son œuvre ! Un nez long et puissant, une bouche large et sensuelle. Des rides marquent son front et ses yeux. C’est là, de toute évidence le visage d’un homme qui a bourlingué….. Quel âge peut-il avoir ? Quarante cinq ? Cinquante ? Moins ? Difficile à dire !

Il est 18h. Nous avons toute la soirée devant nous pour faire connaissance. Mes bagages sont prêts pour mon départ le lendemain matin ; je peux donc consacrer tout mon temps au nouvel arrivant.  .Et peut être saurai-je. ?

Pour l’instant, il n’est pas bavard mon rouquin !

Quelques grognements, des hochements de tête ; je crois bien qu’il n’a pas encore prononcé une phrase entière ! Il est là, appuyé au dossier de la chaise qu’il a placée de façon à pouvoir allonger ses longues jambes, un bras posé sur la table ; des yeux il parcourt l’espace où il va devoir vivre pendant 6 mois … De temps à autre ses yeux croisent les miens et je me sens comme nu sous ce regard. Quel homme étrange ! A la fois distant, mystérieux et terriblement présent ! Oui ! Étrange bonhomme !

Nous en sommes à notre troisième prune quand soudain Yann me dit

 

Je suppose qu’on vous a raconté des trucs sur moi ?

He ! Bien ! Heu ! Pas grand chose en vérité !

Ça m’étonnerait …en général les langues vont bon train à mon sujet !

 

Je garde silence de peur que lui ne se taise ! D’un geste de la main, je fais celui qui n’est pas intéressé par les potins des commères de la côte ou de la C B !

Yann se tait à nouveau tout occupé à bourrer sa pipe – une vieille bouffarde culottée à souhait - où est sculpté un visage de marin. Ses gestes sont lents, le visage concentré. En cet instant, le temps n’existe plus pour ce fumeur de pipe. Voilà qui est fait, Yann porte la pipe à sa bouche et tétouille amoureusement la première bouffée, puis, renversant un peu la tête, laisse échapper la fumée en superbes ronds : Du grand art !

Un long silence, nos verres de prune à la main.

Je commence à me sentir dans les brumes de l’eau de vie. Le rouquin doit se sentir en confiance ou pris de nostalgie, je ne sais. Toujours est-il qu’il me dit tout d’un coup, alors que je n’y croyais plus :

 

Je vais vous raconter...

Cela s’est passé il y une vingtaine d’années, alors que je vadrouillais en Cornouailles, dans l’attente d’un bateau de pêche en partance...

Je logeais dans une sorte de grande cabane en bois, isolée, en bord de mer mais en haut d’une petite falaise. On était à la mi hiver.

 

Le rouquin a les yeux perdus dans ses souvenirs et moi, je n’ose plus bouger de peur de briser le charme. Il continue :

 

Un soir, j’ai entendu quelque chose de bizarre, comme un chant ! Je suis sorti de chez moi. Il faisait froid et le vent soufflait méchamment dans la lande et je tendis l’oreille…

Sapristi ! Il y avait bien quelque part par-là une femme qui chantait ou plutôt qui gémissait. Cette plainte musicale me fit froid dans le dos !

On aurait dit que cela venait de la mer et je ne pouvais le croire ! Quelle femme serait assez stupide pour se trouver dans cette eau du bout du monde, par une soirée d’hiver et en plus, y chanter je ne sais quelle complainte ! ! !

Puis il y eut un grand cri venant de la mer. Mon Dieu rien que d’y penser…j’en frémis encore

Il reste de l’eau de prune ? demanda-t-il avec un petit sourire triste.

 

Oui ! tenez…

Merci l’ami !

 

Il avale cul sec l’eau de prune comme si c’était de l’eau ordinaire et ne semble pas le moins du monde entamé par les verres précédents ! Un sacré gaillard pour sûr  ! Respect my friend !

 

Le récit reprend :

 

Alors je suis sorti et j’ai dévalé  la pente comme un fou. Arrivé tout en bas je me mis à scruter la mer en m’aidant de ma lampe torche qui n’éclairait pas grand chose, faut bien le reconnaître ! Mais tout de même je réussis à apercevoir une forme sur un rocher à quelques brasses du rivage. Je n’en croyais pas mes yeux ! ! Il y avait bel et bien quelqu’un à la mer !

Qu’auriez-vous fait à ma place ? Hein ! Dites-moi ?

En tous cas, moi, j’ai ôté mon ciré en quatrième vitesse et me suis précipité vers ce foutu rocher ! Et là… et là Ce cri venait de l’eau, là en bas ! Il fallait que j’aille voir ça de plus près ! Je descendis en courant … Boudiou ! Une femme ! ! ! Seul le buste – agrippé au rocher – était visible. Elle ne criait plus, ne gémissait même plus !

Je dirigeai le faisceau de ma torche vers son visage et je compris qu’elle était évanouie ; mais ce que je vis me laissa stupéfait ! Cette femme avait une somptueuse chevelure bleue ! ! Vous voyez ce bleu magnifique dont on dit qu’il est la couleur du manteau de la Vierge.

J’entrepris de la ramener vers le rivage, dans un premier temps.

La prenant à bras le corps je nageai en lui maintenant le visage hors de l’eau jusqu’à la rive.

Et c’est en la déposant au sol que je vis la chose …

 

Une autre prune ? Ce serait pas de refus l’ami !

 

Et je lui ressers un énième verre !! Yann le fait tourner dans sa main tout en contemplant le breuvage pendant que je bouillonne d’impatience de connaître la suite ! Lui s’en fiche complètement ! Un gardien de phare zen, voilà ce qu'il est cet homme ! Enfin, il se jette la prune au fond du gosier !

Et voilà qu’il entreprend de se bourrer une nouvelle pipe… tout en me regardant d’un œil moqueur.

Du coup je me ressers une prune ! Et j’en profite pour allumer le gaz sous le bœuf bourguignon …

 

Où en étais-je ? demande-t-il ?

Vous avez vu la chose

Ah ! Oui ! J’ai bien cru m’évanouir aussi ! Cette femme n’était pas une vraie femme !

Quoi ! ! Comment ça ? Un travesti ?

Non ! Cette créature n’était ni un vrai homme ni une vraie femme

Bin … quoi alors ?

 

 

 

sir--ne2.JPG

Le croirez-vous ? Je venais de sauver une femme-poisson, autrement dit une sirène ! !

 

Fichtre ! Ça ne court pas les rues ces engeances là ! Ni même les mers ! Elles appartiennent à la Légende !

 

C’est ce que je croyais aussi, jusqu’à ce soir-là !

J’ai mis un certain temps à reprendre mes esprits. La question était : qu’est ce que j’allais bien pouvoir faire pour venir en aide à cette malheureuse ! J’avais pu voir qu’elle avait une vilaine blessure à la hanche droite. Je décidai de l’emmener chez moi. Je la pris délicatement dans mes bras et me mis à remonter la falaise en veillant à ne pas glisser sur l’herbe humide.

Arrivé à la cabane, je la déposai sur mon lit.

Même blessée, même évanouie, le visage de cette créature marine avait une grâce incomparable. En fait tout en elle respirait la grâce et la beauté.

Dame Sirène se mit à geindre comme une enfant sans pour autant ouvrir les yeux. La pauvre ! Elle devait souffrir ! La chair en haut de sa “cuisse” était toute déchiquetée. On aurait dit qu’elle avait été mordue par un requin ou quelque chose comme ça. Je fis bouillir de l’eau et entrepris de nettoyer la plaie puis lui mis un pansement...

Je ne connaissais rien aux sirènes et ne savais pas si elle avait besoin ou non d’eau sur son corps – comme les dauphins par exemple. Je ne savais pas si je devais lui donner à boire. Je ne savais rien de rien. Je posai une couverture sur sa voluptueuse poitrine et restai là ; à la veiller.

De temps à autre, dans le doute, j’humidifiais le bas de son corps et il s’avéra que j’avais bien fait !

La nuit était bien avancée mais je n’avais nulle envie de dormir. L’aventure de cette rencontre m’avait électrisé ! Je pris ma guitare et me mis à jouer des ballades irlandaises, des chants de la mer et autres airs de ma Bretagne natale.

Finalement la belle ouvrit les yeux et me vit ! Je me souviens encore de son air affolé ! La pauvrette ! M’approchant d’elle je m’efforçai de la rassurer, de la calmer en lui expliquant ce qui s’était passé tout en lui prenant les mains dans les miennes. Ses yeux bleu turquoise me regardaient intensément au point que j’ai senti mon cœur chavirer.

C’est à cet instant, je crois bien, que je suis tombé follement amoureux de cette créature des mers, liquéfié par le sourire éblouissant qu’elle venait de m’offrir.

Elle n’a rien dit pendant plusieurs jours ; je ne savais même pas si elle pouvait parler et encore moins quel langage ce pouvait être.

Je l’ai soignée tendrement en la nourrissant d’algues et de coquillages fraîchement rapportés du bord de mer ; elle accepta de manger des salades que je lui préparais avec un soin particulier : juste un peu de sel et de citron. Petit à petit je lui fis découvrir d’autres mets très simples et peu assaisonnés. Je luis appris à manger avec des couverts et ce fut l’occasion de mémorables fous rires !

Sa blessure était en voie de guérison et je m’en réjouissais tout en redoutant le moment où il lui faudrait rejoindre les siens.

 

A ses mouvements de tête, à ses regards, je sus très vite qu’elle comprenait ce que je lui disais. Je me suis même demandé parfois si elle ne devinait pas mes pensées ! !

Un jour, n’y tenant plus, je lui demandai de me dire son nom, en priant très fort pour qu’elle me réponde. Mais aucune réponse ne vint.

Alors je sortis jouer de la guitare, juste sous la fenêtre où j’avais installé mon ondine ; voir la mer la réconforterait pensai-je.

Alors que j’improvisais sur ma guitare, des paroles vinrent se poser sur mes notes …

Dame Sirène chantait !

Quel bonheur !

Et c’est en chantant de sa voix si mélodieuse qu’elle m’apprit son nom : Aloïsia.

 

Aloïsia … Aloïsia… Aloïsia… Aloïsia

 

Ce nom m’enivrait par je ne sais quelle magie ! De fait j’étais ivre de ma surprenante compagne, et ce, depuis le premier jour !

Elle continua son chant dans lequel elle racontait la mer, les eaux profondes, ses frères tritons et sœurs sirènes, la beauté de sa demeure et comment elle avait échoué sur ce rocher où je l’avais trouvée. Pourchassée par un jeune orque devenu fou à cause d’elle, il avait fini par la rattraper et la mordre sauvagement.

 

Et ensuite ? Que s’est-il passé ?

 

Ensuite ? Le croirez-vous ? Toujours accompagnée de ma guitare, elle me chanta son amour, son désir, sa joie à être près de moi ; elle chanta mes qualités ! Je ne m’étendrai pas sur ce sujet si vous le voulez bien, me dit-il d’un air narquois !

 

C’est incroyable votre histoire dites-donc !

 

Oui, en effet ! Mais je ne me rendais pas compte de l’invraisemblance de la situation vous savez ! J’étais assez jeune, je n’avais pas trente ans et j’étais fou amoureux de cette jeune fille si spéciale !

 

Un tendre sourire illumina le visage de mon compagnon : visiblement il était plongé dans des souvenirs des plus agréables ! D’un geste mécanique il ralluma sa pipe…

 

Je ne vais pas vous raconter tout en détails, la nuit n’y suffirait pas !

Ce soir là, elle me demanda de venir la chercher pour qu’elle puisse s’asseoir près de moi sur le banc, sous la fenêtre. Ce que je fis avec joie. Et là, tous deux enlacés, je lui dis toute ma passion, toute ma tendresse, tout mon amour.

Nous avons coulé des jours heureux et des nuits de rêves, ignorés du monde. J’avais complètement oublié ma quête d’un bateau de pêche, vous pensez bien ! ! !

Les problèmes ont commencé quand elle me demanda de l’amener à la mer maintenant qu’elle était guérie. Elle avait besoin, me dit-elle, de retrouver son élément.

 

 

sir--ne3.JPG

 

Comment allais-je faire pour satisfaire son désir tout en ne prenant aucun risque d’être vus par qui que ce soit ! J’étais jeune oui, mais je connaissais suffisamment la bêtise humaine pour savoir ce qui arriverait à ma bien aimée si des femmes du village ou des marins ou d’autres la voyaient ! Je voyais déjà la presse s’emparer de notre histoire ! ! Aloïsia finirait dans un aquarium scientifique ou dans un cirque ou que sais-je encore ! Et il n’en était pas question ! !

C’était encore l’hiver et les amoureux ne venaient pas encore, le soir, se promener dans la lande et encore moins en bord de mer !

Pour échapper aux curieux éventuels, nous décidâmes d’aller nous baigner une fois la nuit tombée !

Enfin… Aloïsia seule se baignait parce que, pour moi, l’eau était encore bien trop froide ! ! !

Je la voyais de loin faire d’invraisemblables roulades dans l’eau et je me régalais ! Parfois elle disparaissait et elle chantait pour moi ! Sa voix aquatique n’était plus du tout la même et pour la première fois je compris pourquoi tant de marins avaient péri à cause de ce fameux chant des sirènes ! Ce chant était tout bonnement irrésistible ! Mais ce que nous vivions – elle et moi – me protégeait de l’hypnose provoquée habituellement par ces chants.

La voix d’Aloïsia m’emmenait en de merveilleux voyages au royaume des sirènes ; elle me faisait connaître son monde à sa manière. Mon Dieu ! Que j’aimais cette femme ! Mon Dieu ! Comme je l’aime encore ! Le monde magnifique des sirènes existe réellement vous savez Joël ! Je l’ai vu !

 

Vous l’avez vu … vous l’avez vu … ! N’exagérons rien ! Vous n’êtes pas descendu tout en bas, en eau profonde ! ! !

 

Exact ! Mais Aloïsia a réussi ce tour de force :! me faire voyager dans son pays d’eau sans que je n’aie à mouiller même un orteil ! J’ai vu la demeure des sirènes, j’ai vu une étrange lumière bleue et jaune à la fois éclairant tout le paysage ; j’ai vu des familles vivre dans ces fonds sous marins ; J’ai vu leur salle de réunion pour leurs congrès ou leurs méditations. Tout est très beau et paisible ; on se croirait sur une autre planète ! ! Les baleines sont leurs amies savez-vous ?

Les gens de la surface sont loin de se douter d’un tel voisinage ! !

Je vous demanderai d’ailleurs de n’en point parler afin de préserver un tel lieu. Puis-je compter sur vous ?

 

Bien évidemment !

 

(Je ne pus m’empêcher de penser – non sans honte - aux sommes rondelettes qu’aurait pu me rapporter un tel récit aux journalistes !)

 

 

sir--nedolf.jpg

 

Comme je vous l’ai dit, nous vivions des jours et des nuits magiques. Chaque jour était l’occasion pour nous de nous découvrir davantage et de nous apprécier encore plus.

Nous nous aimions infiniment. Chacun avait trouvé son autre ! Quel fabuleux cadeau de la vie n’est ce pas ?

Et pourtant un nuage vint faire de l’ombre à notre joie ! Il est venu d’Aloïsia l’après-midi où elle m’annonça qu’elle allait demander à leur grande sorcière de lui rendre un corps de femme !

Je restais sans voix ! Anéanti !

Les pensées se bousculaient dans ma tête !

Avec une apparence humaine, une apparence normale, il est certain que nous ne serions plus obligés de vivre cachés. Je pourrais présenter Aloïsia à ma famille, à mes copains. On pourrait même se marier et avoir des enfants !

Et le prix à payer pour elle ? Quel était-il ?

Elle me dit qu’elle perdrait sa voix et certains de ses pouvoirs dont celui de télépathie, mais que cela lui importait peu. Ce qu’elle voulait, c’était vivre avec moi une vie normale pour que je sois pleinement heureux avec elle.

L’émotion était si grande de me savoir aimé ainsi que je pleurais comme un enfant dans sa longue chevelure. Je pleurais tant et plus tout en marmonnant des “non” “non” “Je ne veux pas” “c’est trop affreux” et autres propos incohérents.

Nous ne parlâmes plus de cela pendant quelques jours, mais le ver était dans le fruit !

Je réfléchissais à m’en faire mal au crâne !

Je venais de comprendre que notre amour caché ne pouvait pas durer indéfiniment. L’un de nous deux un jour souffrirait.

Elle m’aimait assez pour sacrifier sa vie d’Ondine et moi je l’aimais trop pour l’accepter.

Autant accepter qu’Aloïsia sacrifie son âme ! Que resterait-il d’elle une fois apparence humaine prise ? Ce ne serait certainement plus la même ! Je n’aimais pas une femme …j’aimais Aloïsia telle qu’elle était, mi - femme mi – poisson et toute la magie qu’elle m’offrait. Et ce qu’elle se proposait de faire allait tuer cela ! Et qui sait si je l’aimerai autant et de la même façon ensuite ?

D’un autre côté… qui peut dire combien de temps je pourrais vivre à ses côtés, en dehors du monde ? Combien de temps avant d’avoir envie d’enfants sur mes genoux ? D’aller danser avec celle que j’aime ? D’aller au cinéma avec elle ou ailleurs, mais toujours avec elle ?

De son côté Aloïsia devait cogiter aussi …

Toujours est-il que notre relation a changé de puis ce fameux soir.

Une brume de tristesse était là, dans ses yeux, dans les miens aussi probablement.

Nous riions moins.

Nous étions en train de tout gâcher et de nous fabriquer de mauvais souvenirs. Il me fallait arrêter le massacre au plus vite !

Alors, un beau matin de printemps je lui demandais de venir avec moi sur le rocher où je l’avais trouvée parce que j’avais quelque chose à lui dire. Elle me répondit que, elle aussi, avait des choses à me dire.

Je ne pensais plus aux gens qui pourraient me voir en compagnie d’une créature étrange…je m’en fichais comme de ma première chemise !

Et puis de toute façon, assise sur le rocher, vue de dos, elle n’était pas si étrange que ça !

 

Mon nouvel ami, le rouquin, a les yeux perdus dans le vague ; sa peine est palpable et je ne sais trop quoi faire. Je lui propose un café parce que… de l’eau de prune… il n’y a plus ! Il veut bien. Pendant que je prépare le café, Yann se bourre une autre pipe ; il n’y met pas autant de cœur que les autres fois …Ce ne sera pas une pipe d’amour mais une bouffarde machinale, celle-là ! Du reste, à la première bouffée Yann tousse !

 

 

 

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