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En route vers Atulya

 

Il était une fois, il y a bien, bien longtemps, un couple de nobles vieillards, le comte et la comtesse de la Barmondière qui demeuraient dans un immense château quelque part sur les collines en bord de Saône, dans le Lyonnais.

Pour une raison que j'ignore ces châtelains devaient quitter leur demeure ancestrale et les préparatifs du déménagement étaient en cours. Ce n'étaient partout que caisses, malles, valises et autres cartons à chapeaux en vue de cet exil.

Un soir la comtesse se rendit dans la grande salle d'apparat où elle avait fait remiser - dans l'attente du déménagement et pour être sûre qu'il ne leur arrive rien de fâcheux - les cartons où se trouvaient ce qu'elle appelait ses trésors et les meubles qu'elle voulait faire suivre dans leur nouvelle demeure, beaucoup plus petite, hélas !

Elle s'assit dans une bergère et se prit à rêver au temps de la splendeur de ce château qu'elle aimait tant... tout en contemplant le feu dans la cheminée.

 

C'est alors qu'elle entendit un drôle de bruit semblant venir de l'un des cartons. Quelque chose bougeait à l'intérieur de l'un d'eux. Madame la comtesse n'était pas du genre à s'affoler pour un rien mais, là, tout de même, elle manifesta une certaine surprise !

Que ce pouvait-il être ? Elle attendit tout en prêtant l'oreille plus attentivement et en épiant les cartons : elle espérait localiser le trublion. Un bon moment s'écoula avant qu'elle ne remarque un léger mouvement : un carton bougeait ! Saperlipopette ! Sa curiosité piquée au vif, elle attendit la suite des événements, prête toutefois à tirer sur le cordon au cas où elle aurait besoin de secours !

Elle n'eut pas à attendre longtemps ! Elle resta pétrifiée dans sa bergère quand elle entendit un horrible grognement en même temps qu'elle vît le carton littéralement exploser et un monstre en surgir !

Grands Dieux ! Madame ne pouvait même pas crier tant sa peur était grande ! Portant ses mains à son visage, en dérisoire protection, elle regardait entre ses doigts cette chose effrayante - là - devant elle !

Cette chose était bleue et continuait à grandir, grandir sous ses yeux ! Elle se trouvait en face d'un dragon bleu en train de devenir gigantesque ! Miséricorde ! Par tous les saints du paradis ! D'où pouvait-il sortir ?

Bien sûr, elle avait entendu parler des dragons rouges, terribles cracheurs de feu... mais celui-là était bleu ! Elle manqua s'évanouir quand elle se souvint avoir emballé dans les cartons ici présents un de ses bibelots préférés que son mari lui avait rapporté d'un voyage en Inde : un dragon en lapis lazulli !

Et voilà que le monstre était exactement du même bleu que son bibelot ! En le regardant mieux elle se rendit compte qu'il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau, à part la taille qui franchement devenait inquiétante même pour une femme de sa trempe !

Il n'avait pas l'air agressif. Il se contentait de balancer sa tête de droite à gauche et de gauche à droite, dans un soufflement rauque. Comme elle n'avait pas bougé d'un pouce, la bête n'avait pas encore repéré la comtesse, mais ce ne pouvait tarder et alors là .....Misère ! Qu'allait-il lui faire ? Elle se recroquevilla le plus possible dans son fauteuil et le regarda plus en détails. Il n'y avait aucun doute ! C'était bien son bibelot qui prenait vie devant elle !

Prenait ou reprenait vie ?

Les traces d'or du lapis lazulli se retrouvaient maintenant sur la bête et irisaient délicatement sa carapace et ses ailes repliées. Ses yeux vert émeraude étaient eux aussi tachetés d'or. Une langue immense, d'un bleu presque turquoise pendait de sa bouche comme celle d'un chien qui a trop chaud.

Tout un défilé de questions passait dans la tête de la vieille dame :

Que devait-elle faire ? Pourquoi ce dragon en pierre précieuse se métamorphosait-il maintenant ? Que voulait-il ? Questions sans réponse bien évidemment !

Elle continua de l'observer, sans bouger et retenant le plus possible sa respiration.

Le curieux manège auquel se livrait l'animal l’intriguait au plus haut point. Ce qu'elle avait pris pour des balancements de tête incohérents semblait prendre un sens. Le dragon cherchait quelque chose ! Finalement il se dirigea vers un carton précis.

Boum ! Boum ! Boum ! Ses pas sur le plancher marqueté de la salle faisaient tout trembler autour de lui.

Arrivé au carton repéré à l'odorat, d'un lourd coup de patte il l'éventra et tout son contenu se répandit sur le sol. Par chance, ce carton ne contenait que des livres - souvenirs de sa fille décédée très jeune - auxquels elle tenait énormément.

Est-ce que le dragon bleu saurait lire ? pensa-t-elle, ayant perdu tout sens des réalités. Elle s'ébroua un peu dans sa bergère pour se ramener sur terre. Maintenant la bête fouillait dans les livres à grands coups de pattes.

Les livres valdinguaient dans la pièce au grand dam de la comtesse !

Enfin il s'arrêta sur l'un d'eux ; c'était un conte pour enfant qu'elle reconnut avec émotion. Le titre : Diki

Il avait une couverture cartonnée d'un joli bleu clair sur laquelle une ravissante et toute jeune princesse offrait son plus beau sourire. Un rouge gorge, Diki, était posé dans ses cheveux relevés en un gracieux chignon d'où s'échappaient quelques fins rubans aux couleurs pastel. Il y avait quelque chose de très aérien dans cette image.

Madame se rappela combien sa fille Angelica aimait ce livre et à la pensée que ce monstre préhistorique pourrait le déchiqueter elle sentit la colère gronder sourdement en elle.

Quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit Bluedrag- elle l'avait baptisé ainsi ! - prendre délicatement le livre dans sa gueule et le poser sur un guéridon à côté de lui ! Là, il l'ouvrit presque tendrement

 

Comtesse n'en revenait pas !

Comment un tel monument de lourdeur pouvait-il se montrer si délicat ?

Décidément, le premier choc passé, l'aventure devenait passionnante pour cette si vieille dame dont l'existence était devenue bien monotone ! Qu'allait-il se passer maintenant ?

 

Bluedrag feuilleta Diki jusqu'à la double page centrale où l'on pouvait voir la princesse en robe vaporeuse et un magnifique jeune homme en pourpoint bleu indigo, dans la prairie d'un parc, accompagnés de Diki... Toujours les fins rubans qui flottaient dans la brise légère et Diki qui voletait tout autour de la jeune fille.

A ce moment, un terrible grondement de Bluedrag fit sursauter la comtesse et tintinnabuler le lustre en cristal. Elle le vit se dresser sur ses pattes arrières, lever ses pattes avant vers le ciel comme pour une prière et.... mon Dieu ! vous n'allez pas me croire ! Le dragon parla à la jeune fille du livre, mais comtesse ne comprit pas son langage.

 

Tout à fait fascinant ! Holalalala ! Quand elle racontera son aventure à son époux... la croira-t-il ?

Elle espéra de toutes ses forces qu'il n'entrât pas dans la pièce parce que, à coup sûr, il sortirait sa pétoire et c'en serait fini de ses hôtes surprenants ! Et la comtesse voulait connaître la suite des événements !

 

Alors un nouveau phénomène stupéfiant se produisit.

La jeune fille - Dividja, la dame se souvenait maintenant de son nom - trembla un peu dans sa page, s'étira comme au sortir d'un rêve,  puis, le plus naturellement du monde, sauta avec grâce sur le plancher et s'avança vers le dragon tout en grandissant à une vitesse ahurissante !

 

Palsembleu ! Un dragon et maintenant une princesse dans mon salon ! Ce n'est pas possible je dois rêver ! Elle se pinça mais... les deux personnages étaient bien réels, là, devant ses yeux écarquillés !

 

Pour l'heure, les deux créatures avaient l'air très heureux de se retrouver et s'étaient lancées dans un grand conciliabule auquel elle ne comprenait rien. Elle comprenait d'autant moins que seule Dividja utilisait la parole pour communiquer avec Bluedrag ; quant à lui, il semblait lui répondre sur le mode télépathique. De toutes ses forces elle essaya de capter les pensées de Bluedrag mais seules quelques-unes lui parvenaient. Finalement elle crut comprendre de quoi il retournait.

Une fois encore elle fut consciente de l'énormité de ce qu'elle avait capté ! Jugez en par vous-mêmes !

Dividja demandait à Bluedrag de redonner vie au jeune homme du livre, Lakato, son amoureux, sa flamme jumelle et apparemment ce n'était pas possible parce qu'il n'était plus là ; il aurait été enlevé par des E T pas très sympathiques à des fins de reproduction sur leur planète ; il avait réussi à s'échapper et grâce à l'aide providentielle d'autres E T très évolués il fut emmené sur la planète Atulya où il résiderait actuellement.....

Comtesse était ahurie et s'attendait à voir débarquer dans son salon - d'elle ne savait quel OVNI - Lakato devenu atulyen... Plus rien ne saurait l'étonner à présent !!!

Mais rien de tel ne se passa....

 

Bluedrag et Dividja étaient en train d'évoquer des souvenirs de temps très anciens où les dragons bleus vivaient en toute liberté et transportaient les humains lors de fabuleux voyages intergalactiques. Et Bluedrag était en quelque sorte le chauffeur attitré de Dividja ... Il était question de la Lémurie ou de quelque chose comme ça.... Parfois ils partaient dans des fous rires interminables, Dieu seul sait pourquoi ! Enfin Comtesse crut comprendre qu'ils avaient décidé de se rendre sur Atulya rejoindre Lakato... En franchissant des portes spatio/temporelles ils seraient vite arrivés. Ils allaient se reposer un peu et partiraient dans l'après-midi. Et les deux visiteurs s'endormirent sur les tapis, Dividja blottie entre les pattes de Bluedrag.

 

Vision surréaliste au possible pour notre chère comtesse, mais tellement attendrissante !!!!

En fait, elle était aux anges, notre vieille dame. Elle n'avait jamais passé une matinée aussi divertissante.

Elle décida de se reposer elle aussi. C'est alors qu'elle fut prise d'un chatouillis picotant dans le nez et ne put retenir une série d'éternuements... Atchoum ! Atchoum ! Atchoum ! Comtesse sortit son petit mouchoir en baptiste agrémentée de dentelles et se moucha avec élégance mais non sans bruit....

Aïe ! Aïe ! se dit-elle ! Cette fois je vais être repérée !! mon Dieu, mes amis anges gardiens.... protégez-moi ! lança-t-elle dans l'univers.

Effectivement, réveillés par ces bruits, Bluedrag et Dividja se levèrent d'un bond, scrutant la pièce de leurs yeux perçants :

Qui est là ? demandèrent-ils ensemble.

Comtesse littéralement ratatinée dans sa bergère n'osait même plus respirer, son coeur battait à tout rompre et il n'était pas question de tirer sur le cordon sans se faire voir !!! Holalalala ! Holalallalaaa.... Bonne Mère ! au secours !

Boum ! Boum ! Boum ! les pas de Bluedrag sur le plancher

Tic ! Tic ! Tic! Les talons de Dividja la trotte-menu, en écho.

Comtesse a mis ses mains - une fois de plus - sur son visage, mais cette fois, elle les tient bien serrées : elle ne veut rien voir ! Elle a bien trop peur de finir dans une mort atroce, broyée d'un coup de pattes de Bluedrag....

Maintenant, elle sent sur elle le souffle brûlant de la bête... Dans une prière désespérée, elle confie son âme à Dieu et se prépare à son inévitable trépas.

Rien ne se passe.

Comtesse écarte prudemment ses doigts et voit avec stupéfaction Dividja et Bluedrag la regarder avec un sourire plein de tendresse.

- Bonjour madame la comtesse !

- Bonjour chère amie !

avec dans leurs yeux tout l'amour du monde.

6-picture5.gifEt les voilà tous deux s'inclinant devant elle dans une révérence digne de la cour des plus grands rois.

Abasourdie, Comtesse répond à leur salutation du mieux qu'elle peut

Elle ne comprend plus rien ! Pourquoi agissent-ils ainsi ?

Elle est tout de même fichtrement rassurée : elle ne sera pas déchiquetée par le dragon !!! En tous cas, pas tout de suite ! Ouf ! Elle pousse un grand soupir de soulagement

- Heu ! dit-elle d'une voix encore tremblante, nous connaissons-nous ?

- Oh ! Mamita ! Si on se connait ? dit Dividja

- Oh ! ma comtesse adorée ajouta Bluedrag

 

Allons bon ! comtesse adorée... avait dit le dragon ! mais c'est insensé !!! Biensûr, elle aimait beaucoup son dragon bibelot et en prenait grand soin. Parfois même, elle lui parlait tout en le caressant ; elle aimait le contact du lapis lazulli ; oui, elle se souvint - en rougissant - lui avoir fait des confidences un peu intimes...

 

Et cette petite qui l'appelait Mamita.... Un souvenir.... Des larmes perlent à ses yeux ... c'est ainsi que l'appelait sa fille Angelica lorsqu'elles jouaient toutes les deux à la dînette ou quand elle lisait Diki à son Angelica pour l'endormir ; elles avaient toutes deux l'habitude de caresser les images des personnages tant elles les trouvaient beaux et émouvants. Elles leur souhaitaient beaucoup de bonheur et tout et tout....

 

Lentement Comtesse commença à comprendre ce qui se passaitundefined

Ces deux êtres magiques la remerciaient pour l'amour qu'elle leur avait donné alors qu'ils n'étaient que figurine sur une étagère ou image dans un livre et lui offraient le leur, maintenant que cela leur était possible....

Complètement subjuguée, éperdue de tendresse elle pleura d'amour et de gratitude pour sa fille Angelica. Comtesse était persuadée que c'était elle, qui, depuis le paradis, lui envoyait ce message d'amour. Comment s'y était-elle pris ? Elle n'en avait pas la moindre idée et elle s'en fichait royalement !

Et le plus simplement du monde elle aima ces deux créatures surnaturelles et leur sourit, toute peur disparue à présent. C'est alors que Dividja lui fit une proposition incroyable !

- Viens avec nous sur Atulya rejoindre Lakato ! Ce sera merveilleux ! Bluedrag est d'accord pour nous transporter toutes les deux.

- Mais... mais... ce n'est pas possible ! Je suis bien trop vieille pour une telle expédition !

- Non ! Mamita ! L'âge n'a aucune importance ! Il faut juste que Bluedrag te prépare, ajuste tes énergies mais ne t'inquiète pas, c'est très simple et même agréable. Tu vas te sentir toute légère et tellement joyeuse ! D'ailleurs, lui et moi devons en faire autant...

- Hum !! Hum !!! J'en ai bien envie, vous savez, les enfants ! Mais... mon mari ? Que va-t-il devenir si je m'en vais ?

- Mamita, il ne s'en apercevra même pas !

- Ah ?

- Selon le temps terrestre tu ne seras absente que quelques heures mais selon le temps atulyen tu seras là bas pendant 3 ans...

- Et... heu…Comment pourrai-je revenir si vous, vous restez sur cette planète ?

- Bluedrag te ramènera, évidemment !

- Holalalala ! C'est complètement fou et terriblement excitant ! Bon ! c'est d'accord ! Je pars avec vous, dit la comtesse en riant.

suite en-dessous

 

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