Impressionné par son propre génie maléfique, Toto se frottait les mains en songeant à tout ce qu’il allait infliger comme représailles à sa voisine, lorsqu’il entendit sonner à sa porte. C’était sa voisine. « Bonjour monsieur Toto », dit la voisine, « excusez-moi de vous déranger, mais je voulais vous demander d’arrêter de mettre vos poubelles sur mon palier, s’il vous plaît ». Toto explosa dans une fureur à faire fuir un écureuil : « Mais ça va pas la tête !!!!!!!! C’est vous qui mettez vos poubelles sous mes fenêtres !!!!!!! ». La voisine ne se laissa pas intimider : « Ce sont vos poubelles ! Depuis une semaine je vous vois les laisser tomber négligemment par la fenêtre, vous n’avez même plus la force de les sortir normalement comme tout le monde ». Cinglant, Toto explosa : « Menteuse ! Vous m’avez vu faire ça !!!!? ». Mais en entendant ses propres mots, Toto comprit en un éclair ce qui s’était passé : depuis une semaine il hébergeait son ami Nono… et celui-ci, pour être gentil, avait proposé de s’occuper de la sortie des poubelles. Mais comme Toto ne voulait pas perdre la face devant sa voisine, il répliqua : « Ecoutez madame, pour cette fois je laisse passer, je ne vous en veux pas ».


Dans un sursaut de lucidité, Toto s’est un peu fâché contre lui-même… Pour quelqu’un qui avait déjà activé 90% de son ADN cosmique et qui avait complété à plus de 80% le processus d’Ascension dans la Lumière Divine Universelle, il se sentait un tout petit peu stupide de s’énerver encore pour des histoires de poubelles, d’autant plus que sa conscience multidimensionnelle vibrait, depuis un récent stage de transmutation par lumière vibratoire christique, en grande partie dans la 5ième dimension… « Je devrais être dans l’amour inconditionnel », se dit-il. Voulant être à la hauteur de son haut niveau d’évolution spirituelle, puisqu’il était dans l’avant-garde de la spiritualité, en tant que Travailleur de la Lumière et Messager de l’Amour du Flambeau du Grand Soleil Central, il prit la décision de vivre désormais dans l’amour inconditionnel. C’était la moindre des choses à son niveau cosmique. Mais, bien sûr, à peine deux heures après sa résolution, Toto s’énerva contre son ami Nono, parce que ce dernier avait détruit son lecteur DVD par mégarde en renversant son verre de sirop dessus… Et le lendemain, Toto traversa une vraie crise d’angoisse avant d’ouvrir une lettre qui venait manifestement du service des impôts, et il se sentit abattu lorsqu’il reçut une autre lettre concernant une facture d’électricité qu’il avait oubliée de régler. Bien qu’il ait adhéré à l’idée selon laquelle sa nature fondamentale est « amour », Toto ne pouvait que constater que son vécu intérieur quotidien n’était pas l’amour inconditionnel… mais simplement la valse grise des émotions claires et obscures…


Comment transcender cette valse grise et réaliser l’amour inconditionnel ? Il faut commencer par vouloir transcender la grisaille émotionnelle, non pas avec une volonté mentale, mais avec la volonté du cœur. Le déploiement de la volonté mentale ne fera, finalement, qu’agiter encore et encore le magma des émotions, car tout mouvement du mental suscite une réaction de l’émotionnel, les deux ordres de réalité étant extrêmement liés. Dans le même temps, tout abandon des ressources positives du mental a pour simple conséquence l’expansion du domaine des émotions, et la personne qui anesthésie sa propre volonté mentale se met elle-même à la simple merci de ses caprices émotionnels, à l’instar de Toto. La solution ne se trouve ni dans le déploiement hyper volontariste du mental, ni dans l’abandon anesthésiant des bonnes forces vives du mental. S’il y a une possibilité de transcender le domaine relatif et changeant des émotions, elle se trouve dans le déploiement de la volonté du cœur.


D’une certaine façon, on peut souscrire à l’idée selon laquelle l’amour est immanent et existe tout autour de nous, imprégnant toute chose et tout espace, depuis toujours. Cet amour immanent nous traverse et nous imprègne, comme il le fait pour tout le reste. Mais s’il faut être un peu plus objectif, et moins projectif, plutôt que de parler d’amour immanent, on devrait simplement dire qu’il y a là quelque chose d’immanent, mais ce quelque chose transcende totalement tous les qualificatifs qu’on peut lui attribuer et qui émanent, finalement, d’une déclinaison ou d’une autre de nos seules catégories psychologiques. Ce quelque chose n’est pas plus amour qu’il n’est n’importe quoi d’autre. Non pas qu’il inclut tout, mais il transcende tout. Jadis les Maîtres réalisés qui assumaient la responsabilité des anciennes écoles de mystère l’ont appelé le Sans Nom. C’est seulement le retrait progressif de la connaissance et l’expansion progressive des opinions au fil des derniers millénaires qui a généré des projections et des appellations multiples à l’endroit du Sans Nom. Aujourd’hui, parce que l’opinion a remplacé la connaissance chez la plupart des spiritualistes, et parce que l’immaturité spirituelle est devenue une sorte de condition désirable tandis que la maturité spirituelle est mal comprise, on parle de Dieu, de Force Divine, de Grand Soleil Central, etc… essayant de donner au Sans Nom quelque visage rassurant, essayant d’en faire un genre de papa-maman cosmique qui va s’inquiéter tout spécialement de l’existence quotidienne de la petite personne humaine, et qui va mobiliser des ressources cosmiques pour satisfaire tout spécialement aux attentes de Salut ou d’Ascension des uns et des autres.

L’amour immanent est certes là, mais en l’occurrence il est divinement indifférent, et ne fait pas plus de cas des malheurs de Toto que des bonheurs de Zozo. S’ouvrir à cet amour immanent est en soi une notion qui relève de l’anesthésie spirituelle lorsque derrière elle se tient tout un arrière-plan d’allergie aux notions d’effort et de travail. En apprivoisant une certaine forme d’immobilité du mental, et en apprenant par ce biais à pénétrer dans une sorte d’état de passivité mentale, il est possible de s’ouvrir à toute sorte de choses émanant du grand domaine de l’invisible, des choses bonnes qu’on appellera des énergies ou des intelligences cosmiques, et des choses néfastes qui peuvent se manifester sur un mode virulent… Mais dans la simple notion d’ouverture il ne réside aucune transcendance, à moins qu’il ne s’agisse d’une transcendance par procuration, comme le fait de s’ouvrir à la lumière et à l’énergie d’une puissante entité surprahumaine. Le fait d’être porté par une lumière et une énergie supérieures en s’ouvrant à l’être dont elles émanent, ne saurait être rien de plus qu’une phase transitoire dont le meilleur usage consiste à soutenir votre propre travail intérieur afin d’éveiller la force solaire qui réside dans votre propre cœur. L’amour immanent est certes une chose intéressante, si tant est que l’on comprend qu’il s’agit là de la présence transcendante du Sans Nom, mais le plus important est cette force solaire qui siège au centre de votre cœur et qui a le pouvoir d’aimer de manière inconditionnelle et totale. Cette force solaire est déjà là, il n’y a pas besoin de la chercher. Mais elle n’est pas encore éveillée, autrement vous seriez des Maîtres. Il est de votre responsabilité de l’éveiller, par un travail intérieur fondé sur la justesse, l’intensité et la volonté du cœur. Et c’est seulement une fois que cette force solaire sera éveillée en vous, que votre connexion intérieure avec le Sans Nom deviendra une réalité énergétique active, et cessera d’être un simple ressenti subjectif ou une simple pétition de principe.

Kessani et Chris Iwen

source: iwen.free.fr